Comment devient-on job coach IPS ?
Faut-il déjà avoir travaillé dans le médico-social ?
En quoi cette approche change-t-elle réellement la manière d’accompagner les personnes ?
Le parcours de Nora Khiter apporte des réponses concrètes à ces questions. Après vingt-cinq ans passés dans l’animation socioculturelle et la formation, elle rejoint en 2021 le programme COACH porté par la Sauvegarde du Nord. Elle découvre alors une méthode encore peu connue sur son territoire : l’Individual Placement and Support (IPS).
Les premiers mois sont déstabilisants. Malgré son expérience, elle a le sentiment de ne plus savoir comment accompagner. Jusqu’au jour où elle prend une décision radicale : « J’ai décidé d’oublier tout ce que j’avais appris. »
Ce changement de posture marque un véritable tournant. Quelques années plus tard, Nora est devenue l’une des figures du développement de l’IPS dans le Nord. Aujourd’hui formatrice au WFX, elle transmet à son tour cette manière d’accompagner, profondément ancrée dans les pratiques orientées rétablissement.
À retenir en 4 points
Devenir job coach IPS demande avant tout d’accepter de questionner sa posture professionnelle.
Nora Khiter a participé au déploiement de la méthode IPS dans le Nord, où elle était encore largement méconnue.
Son expérience montre que l’IPS se construit autant dans le travail avec les équipes que dans l’accompagnement des personnes.
Désormais formatrice au WFX, elle partage une pratique nourrie par son expérience quotidienne sur le terrain.
1. Une envie constante de transmettre… avant même de découvrir l’IPS
Bien avant de devenir job coach, Nora Khiter avait déjà fait de la transmission son métier. Pendant vingt-cinq ans, elle est coordinatrice au sein de l’Association des Centres Sociaux de Wattrelos, près de Lille. Elle coordonne les accueils de loisirs, accompagne les équipes d’animation et intervient comme formatrice BAFA et BAFD. Former, accompagner, faire progresser les autres : ce fil conducteur traverse déjà toute sa carrière.
À la suite d’un licenciement économique, elle choisit de se réorienter. Elle se forme comme conseillère en insertion professionnelle et découvre progressivement un nouveau champ professionnel. Plusieurs expériences se succèdent, auprès de jeunes, en atelier chantier, en mission locale ou encore à France Travail. Pourtant, quelque chose lui manque.
« Le métier m’intéressait, mais je n’avais pas encore trouvé ma place. »
Cette place, elle la trouve finalement en 2021 lorsque la Sauvegarde du Nord, association engagée dans l’accompagnement de personnes à travers différents champs d’intervention – hébergement, logement, addictologie, handicap ou encore protection de l’enfance – lui propose de rejoindre le programme COACH. À l’époque, le dispositif est encore expérimental. L’objectif est ambitieux : déployer la méthode IPS sur un territoire où elle est quasiment inconnue.
2. Découvrir un métier… et avoir l’impression de repartir de zéro
Lorsque Nora commence comme job coach IPS, elle pense naturellement pouvoir s’appuyer sur tout ce qu’elle a appris au cours de sa carrière. Mais très vite, elle se heurte à une difficulté inattendue.
« Je n’arrivais pas à trouver le mode d’emploi. Je ne comprenais pas ce qu’on attendait de moi. »
Pendant plusieurs semaines, elle essaie de concilier ses anciens réflexes professionnels avec cette nouvelle approche. Plus elle cherche à reproduire ce qu’elle connaît, plus elle a le sentiment de passer à côté de la méthode.
Cette période de doute est loin d’être exceptionnelle. Beaucoup de professionnels qui découvrent l’IPS racontent ce même décalage. Car devenir job coach ne consiste pas simplement à apprendre de nouveaux outils. Pour Nora, le véritable défi est ailleurs : accepter de changer de regard.
Progressivement, elle comprend que son rôle n’est plus de construire un parcours pour la personne ou d’anticiper ses décisions. Il consiste à créer les conditions pour qu’elle puisse avancer selon ses propres choix, à son rythme, en s’appuyant sur ses forces et sur ce qui est important pour elle. Cette découverte est aussi exigeante que libératrice.
3. « Soit j’arrête… soit je fais reset »
Au bout de deux mois, Nora décide d’en parler à son responsable. Elle lui confie son découragement.
« Je lui ai dit : soit j’arrête… soit je fais reset. »
Ce « reset » devient le véritable point de bascule de son parcours. Elle prend une décision qui résume aujourd’hui encore sa manière de raconter l’IPS.
« J’ai décidé d’oublier tout ce que j’avais appris et d’appliquer la méthode à 100 %. »
Évidemment, il ne s’agit pas d’effacer vingt-cinq années d’expérience. Il s’agit plutôt d’accepter de regarder autrement les situations, de laisser de côté certains automatismes et d’entrer pleinement dans une posture orientée rétablissement.
Ne plus chercher à convaincre. Ne plus décider pour la personne. Ne plus imaginer son parcours à sa place. À partir de ce moment-là, tout devient plus fluide. Les résultats suivent rapidement. Mais ce que Nora retient surtout, c’est le changement de posture que cette expérience a provoqué chez elle. Aujourd’hui encore, lorsqu’elle accueille de nouveaux job coachs, c’est ce conseil qu’elle partage en priorité :
« Oubliez vos anciens réflexes. Faites confiance à la méthode. »
4. Être job coach, c’est aussi faire évoluer tout un territoire
Le métier de job coach ne se limite pas aux entretiens avec les personnes accompagnées. Très vite, Nora découvre une autre dimension essentielle de sa mission : faire connaître la méthode IPS auprès des équipes, des partenaires et des structures du territoire.
Au lancement du programme COACH, peu de professionnels connaissent réellement le modèle IPS dans le Nord. Pendant près d’un an, les équipes vont multiplier les temps de présentation, les rencontres et les échanges pour expliquer cette nouvelle approche, répondre aux interrogations et montrer concrètement comment elle transforme les pratiques.
Ce travail de sensibilisation est parfois exigeant. Il faut convaincre, rassurer, construire des liens de confiance et démontrer que la méthode fonctionne. Progressivement, de nouveaux services rejoignent le programme. Les équipes s’approprient la posture IPS et développent de nouvelles manières de travailler ensemble. Quelques années plus tard, la dynamique s’est inversée.
« Beaucoup de structures viennent aujourd’hui voir comment on travaille. »
Ce qui était un projet expérimental est devenu un modèle observé par d’autres territoires.
Pour Nora, cette dynamique d’essaimage fait pleinement partie du métier de job coach. Accompagner les personnes est essentiel, mais accompagner les équipes dans cette évolution l’est tout autant.
5. Les ambassadeurs : partager la responsabilité du changement
Parmi les réalisations dont Nora est la plus fière figure la création d’un réseau d’ambassadeurs. L’idée est née du terrain. À mesure que le programme se développait, il devenait impossible d’être présente dans toutes les structures, auprès de toutes les équipes, pour expliquer la méthode IPS ou répondre aux questions.
Il fallait trouver une autre manière de diffuser cette culture commune. Des professionnels relais sont alors identifiés dans chaque service. Leur rôle est de faire circuler les informations, d’accompagner leurs collègues, de partager les réussites comme les interrogations et de maintenir vivant l’esprit de la méthode IPS au quotidien.
Peu à peu, cette dynamique s’élargit. Des cadres deviennent également ambassadeurs. Puis des personnes accompagnées rejoignent à leur tour cette réflexion collective.
« Aujourd’hui, on n’est plus seulement une équipe de job coachs. On construit les projets ensemble. »
Pour Nora, cette évolution est sans doute la plus belle réussite du programme. Ce qui était au départ le projet de quelques professionnels est progressivement devenu une dynamique collective, où chacun contribue à faire vivre les pratiques orientées rétablissement.
6. Devenir formatrice au WFX : transmettre une posture qui s’éprouve sur le terrain
Depuis le lancement du programme COACH, Nora construit également une relation de confiance avec le WFX. D’abord formée au modèle IPS par Vincent Commaille, puis accompagnée par Sonia Abelanski au fil des visites de fidélité, des supervisions et des échanges réguliers, elle souligne l’importance de pouvoir continuer à apprendre bien après la formation initiale.
Pour elle, cet accompagnement constitue un véritable appui dans un métier où chaque nouvelle situation invite à questionner sa posture.
« Je peux les appeler pour tout et pour rien. Ils sont hyper disponibles, à l’écoute. »
Nora insiste également sur l’expertise des équipes du WFX, qu’elle relie directement à leur expérience de terrain.
« Ce sont de vrais experts. Ils ne sont pas arrivés là du jour au lendemain. Ils ont pratiqué, et aujourd’hui encore, on s’appuie à 100 % sur eux. »
En 2025, Sonia Abelanski lui propose de rejoindre l’équipe des formateurs du WFX. Une évolution qui s’inscrit naturellement dans son parcours. Après avoir bénéficié pendant plusieurs années de cet accompagnement, Nora transmet désormais à son tour ce qu’elle expérimente chaque jour sur le terrain.
Pour elle, former ne consiste pas seulement à présenter les principes de la méthode IPS. Il s’agit surtout d’aider les professionnels à vivre ce même changement de posture qu’elle a elle-même traversé lorsqu’elle a décidé de « faire reset ». Mais cette transmission fonctionne dans les deux sens.
« Les formations sont aussi un miroir de nos pratiques. Les échanges avec les apprenants nous permettent de prendre du recul et de continuer à progresser. »
C’est sans doute ce qu’elle apprécie le plus au WFX : une formation qui ne s’arrête pas à la transmission d’une méthode, mais qui fait vivre, dans la durée, une communauté de professionnels engagés dans les pratiques orientées rétablissement.
En conclusion
Aujourd’hui, Nora poursuit le développement du programme COACH au sein de la Sauvegarde du Nord et continue de transmettre la méthode IPS, à la fois sur le terrain et comme formatrice au WFX.
Son parcours montre qu’on peut arriver dans l’IPS avec vingt-cinq ans d’expérience… et avoir malgré tout le sentiment de repartir de zéro. C’est précisément ce qui l’a convaincue : accepter de questionner sa posture pour laisser toute sa place au pouvoir d’agir de la personne.
Au-delà des outils, son témoignage rappelle que le métier de job coach repose avant tout sur une posture. Une posture qui se construit dans l’expérience, le collectif et la conviction que la personne reste toujours actrice de son propre rétablissement.
