« Faire un pas de côté » : le parcours de Sébastien Dugas, job coach IPS et formateur au WFX

Sébastien Dugas a un parcours qui déjoue les étiquettes. Pendant près de dix ans, il travaille dans l’industrie, au plus près de la matière. Puis il bascule vers la relation, le terrain, l’entreprise… et, progressivement, vers une approche qui met la personne au centre de ses décisions.

Depuis décembre 2017, il est job coach IPS sur la plateforme d’emploi accompagnée de Loire-Atlantique. Et depuis 2024, il est aussi formateur au WFX via un partenariat entre l’Adapeila et WFX.

À travers son récit, une idée revient comme un fil rouge : le modèle IPS n’est pas seulement une méthode. C’est une posture, une manière d’être en lien. Une attention au choix des mots, aux questions posées, à l’alliance… pour soutenir la personne là où elle veut aller.

À retenir en 4 points

  • Un parcours « hors cadre » : de l’industrie à la relation entreprise, puis au job coaching IPS sur le terrain.
  • Le modèle IPS comme bascule de posture : « faire un pas de côté », laisser la personne actrice de ses décisions.
  • Une pratique fondée sur l’alliance et l’action : « Pas de coopération sans alliance. »
  • Une dynamique d’essaimage portée par le WFX : formation de formateurs, visites de fidélité, et certification inscrite au Répertoire Spécifique.

 

1. Du terrain à l’IPS : l’histoire d’une trajectoire marquée par le terrain… et d’une simple main levée

Quand il se présente, Sébastien situe d’emblée son ancrage : une équipe, un territoire, une pratique quotidienne.

« Je suis Sébastien Dugas. Je suis job coach IPS sur la plateforme d’emploi accompagnée de Loire-Atlantique, à Nantes, depuis le démarrage de ce dispositif national qu’est l’emploi accompagné, c’est-à-dire en décembre 2017. »

Avant cela, son parcours commence ailleurs : bac STI, transformation des matériaux, matières plastiques, puis une dizaine d’années comme ouvrier et technicien entre La Rochelle et Nantes. Ce premier monde – l’entreprise, ses codes, ses contraintes – restera une ressource centrale pour la suite.

Il fait ensuite le choix de devenir formateur en transformation des matières plastiques auprès de publics vulnérables, et c’est là qu’il commence à basculer vers le soutien qu’il peut apporter à d’autres personnes. 

« Notre finalité n’était pas tant qu’elles obtiennent un diplôme, mais plutôt qu’elles obtiennent un job. »

Il développe déjà un fort travail de relation entreprise – négociation de stages, puis d’emplois en fin de parcours – une mission qu’il exercera pendant cinq ans.

Cette expérience renforce son ancrage dans le lien avec les employeurs et l’accompagnement vers le travail. Il rejoint alors Cap Emploi à Nantes comme chargé de relations entreprises pendant dix ans. Et lorsqu’un appel à projet sur l’emploi accompagné arrive, il « lève la main ».

« Ça me tentait bien d’aller sur le terrain, faire de la médiation, de la facilitation, aider les personnes à garder leur job ou à le trouver. »

Tout est déjà là : le terrain, la relation, le soutien dans la durée – au rythme de la personne et des situations.

 

2. « Faire un pas de côté » : quand le modèle IPS transforme la posture

Janvier 2018 marque un tournant : Sébastien est formé au modèle IPS, juste après son arrivée sur l’emploi accompagné. Il le dit avec lucidité : ce n’est pas un simple ajout de compétences, c’est une révision de posture.

« Et à partir de là, ça a complètement revu ma posture professionnelle : mon approche des troubles psychiques, mon approche auprès des personnes elles-mêmes. J’ai fait un sacré pas de côté dans ma vision de l’accompagnement, et ça m’a fait le plus grand bien. »

Ce « pas de côté », Sébastien le décrit aussi comme une entrée progressive dans l’univers du rétablissement : découverte d’un champ qu’il ne connaissait pas, puis approfondissement par un DU de réhabilitation psychosociale pour mieux comprendre « l’univers du soin et du rétablissement ».

Ce qui l’accroche, c’est une cohérence : celle d’un modèle qui fait confiance aux capacités de choix, qui soutient sans diriger, qui s’appuie sur les ressources de la personne, et qui invite les professionnels à une vigilance permanente… sur leurs intentions, leurs formulations, leurs réflexes.

Comme il le résume lui-même :

« Je suis convaincu que le modèle IPS, au-delà de ses huit principes, c’est aussi une posture de job coach : dans le choix des mots, dans le choix de nos questions, dans la formulation qu’on utilise avec les personnes qu’on soutient, de manière à ce qu’elles soient maîtres de leurs décisions, qu’elles aient toutes les informations pour prendre leurs décisions, en les incitant le moins possible. »

Sébastien Dugas job coach wfx

 

3. Les mots, les questions, l’alliance : une pratique qui se joue dans le détail

Sébastien insiste : au-delà des principes, l’IPS se vit dans la posture. Et dans cette posture, le langage est une action. Il résume son intention par une formule simple : « J’aime bien dire que j’accompagne un cheminement. » Et ce cheminement se construit avec une transparence assumée, une relation directe, et une attention à ne pas « prendre la main » à la place de la personne.

Pour illustrer, Sébastien donne un exemple très concret : la différence entre « faire à la place de » et « proposer », entre « inciter » et « soutenir ». « Il y a une question que j’aime bien poser : « Où est-ce que tu veux que nous soyons dans cette situation ? » »

Puis il déroule l’écart entre une formulation directive et une formulation qui laisse le choix : « Ce n’est pas : « Tu as besoin que je t’emmène à la médecine du travail, on y va ensemble. » C’est plutôt : « Tu as rendez-vous à la médecine du travail, est-ce que tu souhaites qu’on vienne avec toi ? » Ou : « Qu’est-ce que tu veux que nous fassions, nous, les outils de job coach, pour te soutenir sur ce rendez-vous ? » Là, je n’insinue rien. La formulation de nos questions est déterminante. »

L’alliance, ici, n’est pas un concept abstrait. C’est une condition de l’action. « Pas de coopération sans alliance. »

 

4. Ce qui marque le plus : voir « le pas de côté » apparaître chez les professionnels

Quand on lui demande une expérience marquante, Sébastien ne raconte pas une anecdote spectaculaire. Il décrit plutôt ce qu’il repère, ce qui l’émeut et le confirme dans son rôle : la transformation visible, chez les professionnels, quand ils comprennent ce qu’ils sont en train de changer.

« Ce que je vois, c’est qu’en tout cas, il y a une véritable envie des job coachs IPS que j’ai rencontrés d’être là et d’être prêts à se remettre en question sur leur pratique. » Et surtout : « Percevoir une écoute extrêmement active, et avoir l’impression de me revoir quand moi j’ai appris le modèle IPS… »

Ce qui le touche, c’est le moment où quelqu’un peut dire – sans se juger, sans se dévaloriser – qu’il n’était pas « dans le bon cadre », et qu’il choisit d’ajuster. Pour Sébastien, c’est là que l’essaimage prend tout son sens : quand une posture se transmet, non pas comme un discours, mais comme une expérience vécue.

« Quand les personnes ont conscience de ça et qu’elles l’expriment, c’est mes plus grandes joies, ça veut dire que notre boulot d’essaimage fonctionne. »

 

5. Du terrain à la transmission : devenir formateur au WFX

Sébastien raconte une relation durable entre lui, l’Adapeila et le WFX : un lien qui se maintient, puis une opportunité qui s’ouvre quand le WFX repère des « talents » prêts à porter l’essaimage.

Avec sa collègue Lucile Poilane, il co-anime pendant un an des formations aux côtés de Vincent Commaille et Sonia Abelanski, en 2023. L’enjeu est clair : faire le lien entre principes et action, apporter la « parole de terrain », partager des situations réelles – y compris quand elles sont complexes.

Puis, en 2024, ils deviennent formateurs.

À cela s’ajoute une dynamique plus large : des visites de fidélité dans les hôpitaux, dans le cadre d’une recherche sur la pertinence du modèle IPS dans des services de job coaching au sein d’institutions hospitalières. Autrement dit : continuer à apprendre, à observer, à affiner… pour mieux transmettre.

job coach IPS
Souvenir d’une formation pour Handamos à Bordeaux en janvier 2024 avec Nathalie BUCHEL

 

6. RS6683 : une étape de reconnaissance pour la certification « Job Coach IPS »

Sébastien rappelle la bonne nouvelle : en juin 2024, le WFX obtient la reconnaissance officielle nationale de la certification « Job Coach IPS » via France Compétences, inscrite au Répertoire Spécifique (RS6683).

« En juin 2024, le WFX, après un gros travail de préparation fait par Sonia et Vincent, a obtenu de France Compétences la reconnaissance officielle nationale de la certification Job Coach IPS. C’est une première en France. »

Il replace aussi cette reconnaissance dans une histoire plus large : « L’IPS est un modèle international validé à travers de nombreuses études depuis les années 90, aux États-Unis mais en Europe aussi, et qui nous vient quand même des personnes concernées elles-mêmes. C’est un modèle conceptualisé par Robert Drake et Deborah Baker, des gens de terrain. »

Autrement dit, la certification vient formaliser, en France, un modèle déjà solidement éprouvé ailleurs. Il en explique ensuite le principe : un dossier d’une quinzaine de pages construit en autonomie, deux demi-journées proposées par le WFX (rappel des principes IPS et cadrage des compétences évaluées), puis un passage devant jury (présentation, questions, décision).

Au-delà du process, l’enjeu est celui que Sébastien avait déjà formulé en parlant de posture : relier la pratique réelle, le terrain, les situations… à une reconnaissance structurée des compétences.

 

7. « Ce qui me motive au quotidien, c’est l’équipe »

Pour finir, Sébastien ajoute un point qu’il juge essentiel : ce qui le tient dans la durée, ce n’est pas une idée abstraite du métier. C’est la force d’un collectif.

« Ce qui me motive au quotidien, c’est l’équipe. C’est une chance. C’est grâce à elle que je tiens dans la durée, parce que c’est un métier parfois difficile. »

On décèle une réalité connue de beaucoup de professionnels : le terrain est vivant, imprévisible, parfois éprouvant. Et ce qui permet de rester ajusté, d’être soutenant, de continuer à apprendre, c’est aussi l’environnement – l’appui, la confiance, le partage.

Sébastien associe naturellement cette dynamique au WFX : une équipe qui repère, qui valorise, qui ouvre des possibles, et qui accompagne l’essaimage dans la durée. Il tient d’ailleurs à remercier particulièrement Sonia Abelanski pour la confiance qu’elle lui a accordée et l’élan qu’elle impulse : « Je ne remercierai jamais assez Sonia », dit-il simplement, conscient de ce que cet appui a représenté dans son parcours.

En conclusion

À travers le parcours de Sébastien Dugas, on voit se dessiner une ligne simple : soutenir la personne dans ce qu’elle choisit, sans prendre sa place. C’est une posture exigeante, précise, profondément humaine – et c’est exactement ce que le WFX cherche à transmettre : via l’IPS, via la pair-aidance, via la filiation forte avec « Un chez soi d’abord », et via une culture du collectif qui rend l’essaimage possible.

Le parcours de Sébastien le rappelle avec force : devenir job coach IPS ne suppose pas d’avoir commencé sa carrière dans le médico-social. Ce qui compte, ce n’est pas le point de départ, mais la capacité à faire un pas de côté, à questionner sa posture, à accepter d’apprendre autrement.

À celles et ceux qui s’interrogent sur les pratiques orientées rétablissement, il répond simplement :
« Si déjà il ou elle se questionne dans sa pratique, c’est que la moitié du chemin est déjà faite. »

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